François, les Balubas et moi

Texte proposé par : JCJugan le 9 juin 2018

François, les Balubas et moi

... ou la Chronique du Vieil Observateur


Ca aurait pu être une histoire belge car c’est la nationalité de François et le site francophone où se déroule cette séquence dépend lui aussi de la juridiction belge.
C’est toutefois un peu plus compliquĂ© que ça car les deux acteurs principaux ne le sont point : moi je suis le Français qui prend la baffe et mon « dĂ©molisseur » est un Africain de l’Ouest quand bien mĂŞme il travaille en Occident depuis perpète. VoilĂ  pour le prĂ©ambule !
Vous suivez ? Ok, c’est parti...


Il y a quelques jours donc, sur le site précité que je fréquentais tout de même depuis bientôt dix ans sans le moindre souci, j’ai participé (par liaison internet) à un forum ouvert par François qui se plaignait que l’un de ses textes avait été refusé... Il avait en effet écrit un poème pour rendre hommage à ses grands-parents qui, semble t-il, lui manquent beaucoup...
Il Ă©numĂ©rait ce que ces derniers lui avaient laissĂ© comme souvenirs en hĂ©ritage et dans cette liste il Ă©tait question de « TĂŞtes de Balubas » !

Parmi les critiques émises et justifiant ce refus, ces têtes de balubas faisaient pousser des cris d’horreur à certaines et certains qui devaient confondre Balubas (République du Congo) et Jivaros (Amazonie équatorienne et péruvienne), un peuple connu pour avoir joué les réducteurs de têtes (humaines) à une époque pas si lointaine...
Un autre commentateur s’adressait Ă  François en lui reprochant d’être le descendant de gens ayant pillĂ© les trĂ©sors de la Culture africaine. C’est vrai que ces griefs nous sont de plus en plus souvent adressĂ©s Ă  tort ou Ă  raison mais ça c’est une autre histoire... Les tĂŞtes de Balubas incriminĂ©es dans la prĂ©sente affaire ne sont que des sculptures contemporaines en bois d’ébène (ou bois de fer) comme tant d’autres objets vendus sur tous les marchĂ©s d’Afrique et permettant Ă  certains artistes locaux de vivre de leur travail.

C’est l’argument que je me suis permis d’avancer pour dĂ©samorcer la polĂ©mique et, (vous suivez toujours ?) c’est lĂ  que ça a dĂ©rapĂ©, aĂŻe, aĂŻe, aĂŻe !

Dans la minute qui suivait j’ai reçu ce commentaire de la part de mon ex-copain l’Africain de l’Ouest avec qui j’avais pourtant toujours Ă©tĂ© en bons termes (Nota... Je vous le livre tel que je l’ai reçu, fautes incluses !) Alexandre, qui est aussi mon second prĂ©nom, Ă©tait mon pseudo sur le site.

"-@ Alexandre je comprends ton intervention ; j’en ferai de mĂŞme si moi aussi j’avais des cadavres dans mon placard.
Je sais que tu as passĂ© une grande partie de ta vie Ă  Ĺ“uvrer en Afrique, mais tu sais bien que c’etait pour rĂ©parer les injustices et les beuveries que tes ancĂŞtres les colons ont occasionnĂ© ! Et ces pauvres en plus te remerciaient... L’obscurantisme aujourd’hui c’est dĂ©passĂ© ! Nous n’avons plus rien Ă  faire avec le paternalisme condescendant des « aidants » que le Nord nous tend, gens du Sud. Vous n’avez rien d’autre Ă  faire ?
Le Grand non de ce texte part de moi, parce que ma sensibilité d’enfant du Sud a été touché. Et puis c’est aussi avec de la sensibilité qu’on perçoit la poésie, pas juste avec le carré de la métrique
Bien Ă  toi, mon cher !"

Ouf ! J’ai mis un certain temps Ă  encaisser le coup puis j’ai voulu lui rĂ©pondre tout aussi publiquement par ce qui suit...

"@ X

Grands dieux, quelle charge ! J’avoue avoir Ă©tĂ©, dans un premier temps, quelque peu dĂ©stabilisĂ© Ă  la lecture de cette tirade que n’auraient pas reniĂ©e quelques grands auteurs dramatiques et puis je me suis posĂ© la question ! Pourquoi moi et pourquoi cette hargne subite ?
Quelle mouche l’a donc piquĂ© ? Nous nous connaissons depuis bientĂ´t 10 ans et n’avions jamais eu, autant que je me souvienne, de dĂ©saccord majeur quel que soit le sujet dĂ©battu.

En fait, si je comprends bien, je ne suis que le bouc Ă©missaire, le reprĂ©sentant d’un monde esclavagiste, colonisateur et paternaliste et ce qui vaut pour moi vaut pour le monde occidental dans son ensemble ! Il est des vernis qu’il vaut mieux ne pas gratter au risque de dĂ©couvrir ce qu’ils cachent rĂ©ellement...

Pour ce qui est des cadavres dans mes placards, je viens de contrôler et n’en ai point trouvés. J’ai peut-être eu des ancêtres alcooliques et colons, voire trafiquants d’esclaves mais je vous assure que je n’y suis pour rien. J’ai passé en effet quelques années sous ces latitudes subsahariennes pour gagner ma vie et par la même occasion faciliter celle de quelques autres dans la mesure de mes moyens, mais jamais, ô grand jamais, pour réparer des injustices que je ne nie pas mais n’étaient pas de mon fait. Autres temps, autres mœurs que je déplore sincèrement...
Paternaliste dites-vous ? Possible... Ca explique pourquoi tous les gosses m’appelaient papa... Condescendant, certainement Ă  condition de l’écrire en deux mots « Con descendant »... du Nord vers le Sud, of course !
Au vu de cette diatribe haineuse, j’observe que l’obscurantisme n’est malheureusement pas dĂ©passĂ©... et que racisme et xĂ©nophobie, de toutes origines, ont encore de beaux jours devant eux !

Pour conclure, je souhaite que cet échange soit le dernier entre nous car, bien que catholique par le baptême, après avoir pris une baffe d’un côté j’ai toujours du mal à tendre l’autre joue."

Respectueux du règlement du site, j’ai demandé l’accord du staff avant de publier ma réponse...
Ils ont mis deux jours avant de me répondre "Niet" car ça n’était pas souhaitable pour la sérénité du site et la tranquillité de tous, etc. etc. etc.

Merci Ă  François et Ă  ses tĂŞtes de Balubas qui m’ont permis d’ouvrir les yeux et de donner ma dĂ©mission d’un site oĂą, dans ces conditions, je n’avais plus rien Ă  faire !

Post Scriptum... Reste tout de mĂŞme une question subsidiaire qui me taraude...

Dois-je, jusqu’à mon dernier souffle, continuer Ă  ĂŞtre le Con descendant chaque mois, comme je le fais depuis plus de vingt ans, une aide, mĂŞme modeste, du Nord vers le Sud ?

Ca demande réflexion...

Juin 2018

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