La Baie des cochons

Texte proposé par : JCJugan le 31 mai 2016

La Baie des cochons

Drine et Mado...


DĂ©ambulant bras dessus bras dessous en bord de mer, les pieds dans l’eau, Drine et Mado, mes vieilles copines de Ploudal commentent Ă  leur manière l’actualité…

- Tu crois pas qu’on est bien ici Drine ? La grève pour nous toutes seules qu’on a !
SĂ»r que ça va pas durer quand les Parigots vont arriver mais dame, faut bien qu’y s’aèrent un peu aussi ces pov’s gensses…

- Voui, voui sauf que j’ai entendu dans le poste que certains s’aĂ©raient mĂŞme la nuit depuis un certain temps. Mad, qu’est-ce qu’y peuvent bien se raconter sur cette place de la RĂ©publique, la nuit et debout en plus ?

- Mais ma pĂ´v, ils croient qu’y vont refaire le monde avec des idĂ©es nouvelles qu’y z’ont piquĂ©es Ă  ceux qui pensaient dĂ©jĂ  la mĂŞme chose en 68 et je sais plus quand encore !
Laisse faire ! C’est pas les premiers… et sĂ»rement pas les derniers !
Des intellos qu’on les appelle soit-disant !

- Bon, tant qu’y cassent pas tout comme ceusses des manifs y a rien Ă  dire car les autres, avec leurs cagoules et tout le saint-frusquin, non seulement ils cassent mais y vont finir par tuer quelqu’un !
Si c’est pas malheureux de voir ça Ă  notre Ă©poque dans un pays comme le nĂ´tre, moderne et tout et tout…

- Et les autres des syndicats ! On dĂ©fend le travailleur qu’y disent alors que c’est leur p’tite place bien au chaud qu’ils dĂ©fendent… Mon voisin dit que la CGT c’est le Cancer GĂ©nĂ©ralisĂ© du Travail… Bon, c’est un peu facile surtout que lui il est pas syndiquĂ© mais faut dire que le Martinez il donne pas envie de marcher sous sa bannière.

- Voui, tout ça fait un peu peur quand mĂŞme…
Ah, au fait, t’as pas su pour la baie des cochons ?

- La baie des cochons que tu dis ? Ma foi non, je vois pas ce que c’est…

- Et voui ma pĂ´v fille, on cause de Paris et on oublie Landunvez !
VoilĂ  pas qu’y veulent installer un Ă©levage de treize mille porcs au dessus de Penfoul !
Treize mille, tu te rends compte ?

- Ma doue beniguet ! C’est pas vrai quand mĂŞme ? Tu me fais bisquer, Drine ?

- Pas du tout ! Ma tĂŞte Ă  couper que je te dis la vĂ©rité…

C’est pour ça que la tite plage de Penfoul oĂą s’qu’on allait se baigner dans le temps, et ben ça risque un jour ou l’autre de sentir le lisier… et moi je voudrais pas que ce jour-lĂ  on soit obligĂ© de la rebaptiser Baie des cochons ! C’est pourtant joli Penfoul...
Dommage que le fric prenne toujours le dessus, ici comme ailleurs ! Pourraient penser aux touristes et Ă  nous autres aussi !

- Je comprends pas ! Treize mille cochons qu’ils veulent mais alors qu’est ce qu’y nous bassinent avec leur crise du porc ?

- Tu sais Mado, la crise du port Ă  ce jour c’est plutĂ´t Le Havre et Marseille qui la connaissent…
Bon c’est pas tout mais il commence Ă  faire un peu frisquet, tu trouves pas ?

- C’est vrai, il est temps de remonter au bourg. En « train onze » en plus sauf si on trouve un galant qui accepte de prendre deux vieilles dans son auto…
Tiens, c’est une idĂ©e, on va faire du stop comme les jeunes…
Recoiffe-toi un peu sinon on a aucune chance !

- Tu sais Mado, le stop des fois c’est dangereux… Tu lis pas les journaux ?

- Ah ma pauvre Drine, Ă  quatre-vingt dix ans bientĂ´t on risque plus grand-chose... sauf de rester sur le bord de la route !
Allez hop, en avant…

Mai 2016

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