Une lettre

Texte proposé par : Maouriane le 9 mars 2009

Une lettre


Une lettre, on peut l’écrire juste pour le plaisir de coucher des mots sur un papier blanc ou bleu ou rose, pour soi, avec une envie de l’envoyer, sans le faire…on redoute la rĂ©ponse ou on sait que l’on n’en aura pas ou alors cette lettre n’appelle aucune rĂ©ponse ; elle est tout simplement Ă©crite pour soulager des cauchemars, des tristesses, des tonnes d’émotions.

Il y a des missives que l’on Ă©crit d’un trait de plume, sans rĂ©flĂ©chir, un soir, comme cela, au coin d’un feu ; des lettres amicales, qui s’écrivent toutes seules, sans fioriture, naturellement, comme si on parlait Ă  son destinataire, comme s’il Ă©tait en face de soi, avec des phrases simples, dans une langue de tous les jours ; ces mots-lĂ , on les envoie ; on est certain qu’ils seront lus et qu’ils auront une rĂ©ponse ; on est confiant.

Il y a les lettres que l’on envoie Ă  une administration ; elles sont pensĂ©es, souvent en rĂ©ponse Ă  un fait ou alors elles sont une demande, une requĂŞte. LĂ , ce n’est plus pareil ; on sort son dictionnaire, on fait une mise en page soignĂ©e, on pense Ă  la dater, on en fait une photocopie que l’on classe dans un dossier Ă©tiquetĂ© ; de nos jours, souvent on l’écrit sur un ordinateur et on la range dans un dossier informatique.

Et puis il y a les lettres d’amour, sur papier rose, parfumĂ©, dĂ©corĂ© de cĹ“urs, de fleurs sĂ©chĂ©es et de mille soleils ; on s’installe confortablement ; on en Ă©crit dix que l’on dĂ©chire puis que l’on chiffonne pour les jeter dans une corbeille Ă  papiers ; et quand enfin, des Ă©toiles plein les yeux, on rĂ©dige LA lettre d’amour dĂ©finitive, celle qui exprime tout ce que l’on ressent, on la relit dix fois, le cĹ“ur battant, on la plie consciencieusement en la baisant des yeux, on la glisse dĂ©licatement dans une enveloppe assortie au papier, on inscrit l’adresse du destinataire avec fĂ©brilitĂ© et on court la dĂ©poser dans une boĂ®te Ă  lettres en enfonçant ses doigts dans la fente afin de s’assurer qu’elle est bien tombĂ©e dans le fond. Et on revient chez soi d’un pas lĂ©ger et on ne pense qu’à une chose : pourvu que ce mot d’amour ne se perde pas ; pourvu qu’il n’y ait pas, justement aujourd’hui ou demain, une grève gĂ©nĂ©rale qui ferait que cette lettre n’arriverait jamais.
Et tous les jours, on guettera le facteur qui apportera la réponse enflammée à cette lettre d’amour.

Partager

 

A propos du texte:

Du mĂŞme auteur

Publicités