L’esclavagisme

Texte proposĂ© par : Gual le 26 février 2009

L’esclavagisme


Il cache sa noirceur d’un voile de satin
Il s’est bien dĂ©guisĂ©, le loup du genre humain
Il a mis sur son nez un vieux masque de fĂŞte
Il a saoulĂ© les cœurs et fait tourner les tĂŞtes,
Il sait manier les mots et chanter les musiques,
L’esclavagisme Ă©conomique.

Pour mieux nous enchaîner il nous a endetté,
Il nous a ficelĂ© d’un tas de saletĂ©s,
Des besoins qu’il nous crĂ©e, des besoins qu’il sĂ©crète
Comme un poulpe visqueux en sa bauge secrète
Il a un air bonasse, un abord sympathique,
L’esclavagisme Ă©conomique

Pauvre esclave enchaîné se trainant à genoux
Sous un fardeau de riens, sous un fardeau de sous,
Jette tout ça au feu et redeviens un homme.
Tu n’as aucun besoin de tout cela en somme.
Tu n’as aucun besoin de gadgets enfantins
Pour boire un verre d’eau, manger un bout de pain.
A quoi cela sert-il d’aller toujours plus vite ?
La vie, cela n’est pas une course poursuite...
On n’a pas une prime Ă  la fin de ses jours
En fonction du compteur et du nombre de tours !
Un minimum vital, manger, boire, dormir,
Se chauffer en hiver, se loger, se vĂŞtir,
Et le reste n’est qu’un perchoir Ă  girouettes,
Un sac de poudre aux yeux, miroir Ă  alouettes,
Une invention de plus pour que certains goujats
Se fassent, sur nos peaux, de l’argent et du gras !
S’il existe du beau, du vrai, du magnifique,
Le bonheur, malheureux, n’est pas Ă©conomique.
Le bonheur, mon ami, n’est jamais dans l’argent,
Regarde les banquiers. Aucun n’a l’air content.
Les magnats d’industrie sont des bĂŞtes de somme,
Gais comme des vautours avec des tĂŞtes d’homme,
Accumulant des sous pour en faire encore plus !
Au lieu de mĂ©diter au son de l’angĂ©lus.
Et ces bagnards d’argent voudraient, c’est dĂ©lĂ©tère,
Nous faire tous ramer sur la mĂŞme galère !
A leur service, Ă  eux, grands chefs et timoniers
De forçats tous pliés sous le joug des deniers.
Car pour faire cela, ce labeur imbécile,
Ils ont besoin de mains, de main d’œuvre servile,
De cerveaux avilis, bien creux, qu’on a bourrĂ©
De notions bien mûries par la publicité,
De goĂ»ts bien frelatĂ©s, d’envies de toutes sortes
Afin que les marchés puissent ouvrir leurs portes.
Le grand mot est lâché, nous sommes un marché,
Esclaves, oui bien sĂ»r, mais qu’il faut dĂ©marcher !!
Pour les biens, un marchĂ©, pour l’argent, un marchĂ©,
Pour le bonheur, la vie, les enfants, un marché...
Et voilĂ  maintenant qu’en plus on nous dĂ©pèce
Pour pouvoir augmenter leurs avoirs en espèce..
Et voilĂ  mainteanat qu’en plus on nous endette
Pour pouvoir nous jeter dans des prisons pour dettes !
Pauvre monde pourri, jette tout ça au feu,
Je crois que désormais, on a dégoûté Dieu.
Nulle part il n’y a un quelconque refuge
Et nous sommes bien mûrs pour un autre Déluge...

Pour mieux nous ficeler, il a mondialisé
Nos goûts et nos besoins. Il a marchandisé.
Il a fait de nous tous un marché de devises
Un troupeau sans idĂ©e, n’ayant qu’une hantise
Acheter toujours plus des bonheurs mécaniques,
L’esclavagisme Ă©conomique

Il s’en est revenu sous un air doucereux
Il s’en est revenu des temps moyennageux
Sous ses airs patelins de luxe et de progrès...
Mais il est là pourtant. Degré après degré,
Il nous mangera tous ce vieil antipathique :
L’esclavagisme Ă©conomique.

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