Un kilomètre à pied...

Texte proposé par : ristretto le 3 septembre 2010

Un kilomètre à pied...


Dans les creux chemins angevins, l’été s’étire sans vergogne.
Aux heures les plus chaudes, nous battons la campagne, courses folles avec tous les cousins.
Du hameau d’Aigrefeuille jusqu’au moulin Moreau, du haut des coteaux ronds jusqu’aux rives de la Boire, nous sommes aventuriers, pionniers, châtelains arpentant nos terres. La Loire lézarde de banc de sable en banc de sable
Et nous, fiers écervelés, crions victoire à chaque traversée – aucune légende de sables mouvants ne sauraient apeurer nos jeunesses effrontées À l’heure du goûter, tout perlés de sueur, nous - valeureux chevaliers – réclamons tartines et chocolat en récompense de nos exploits : n’avons nous pas terrassé le monstre troglodyte du village de Liré ?
Seule, la route de La Galoire apaise nos pas. En haut de la colline, la chapelle. Tout au long du parcours, nous cueillons avec application des brassées de fleurs sauvages. Avec respect – et sans doute aussi par crainte du regard divin- nous faisons le ménage, changeons les bouquets, chassons les toiles d’araignées, et nous rallumons les bougies de l’autel.
Nous chuchotons.
Juste avant de refermer la porte, nous tentons de percer le mystère de la statue aux pieds piquetés de petits trous. Qu’exauce-t-elle déjà ? Trouver un fiancé – le prince charmant - ou bien de nombreux enfants (énigme encore plus difficile) …
Nous sommes sûrs que par ce rituel Dieu pardonnera tous nos petits pêchés : le vol des framboises dans le jardin voisin, nos abus de friandises, les langues tirées dans le dos du curé…
Au soir, nos jeunes jambes en redemandent. Aussi nous acceptons avec enthousiasme de chercher le lait à la ferme à l’autre bout du village.
Les ruelles paisibles résonnent de nos rires et de nos chants.
L’été s’étire.
Puis, sans avertir, septembre sonne à la porte. Comme un facteur à la triste figure.
Mon cartable lourd comme un cheval mort, les pieds broyés par les souliers tout neufs, je trébuche, je traine, je peine à parcourir un si triste chemin.

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